{"id":413,"date":"2015-07-02T20:21:26","date_gmt":"2015-07-02T20:21:26","guid":{"rendered":"http:\/\/artemoc.scicog.fr\/?page_id=413"},"modified":"2015-11-18T22:40:58","modified_gmt":"2015-11-18T22:40:58","slug":"colloque-2015","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/artemoc.scicog.fr\/?page_id=413","title":{"rendered":"Colloque 2015"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015.jpg\"><img data-attachment-id=\"493\" data-permalink=\"https:\/\/artemoc.scicog.fr\/?attachment_id=493\" data-orig-file=\"https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015_LD1.jpg?fit=1754%2C2480&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1754,2480\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015_LD\" data-image-description=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015_LD1.jpg?fit=212%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015_LD1.jpg?fit=724%2C1024&amp;ssl=1\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter wp-image-493 size-large\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015_LD1.jpg?resize=724%2C1024\" alt=\"\" width=\"724\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015_LD1.jpg?resize=724%2C1024&amp;ssl=1 724w, https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015_LD1.jpg?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w, https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/Affiche_Colloque_ARTEMOC_2015_LD1.jpg?w=1754&amp;ssl=1 1754w\" sizes=\"(max-width: 724px) 100vw, 724px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\">Argument<\/h1>\n<p>Le concept d\u2019<em>hallucination<\/em> et celui d\u2019<em>\u00e9tat modifi\u00e9 de conscience<\/em> sont utilis\u00e9s \u00e0 travers de nombreuses disciplines afin de d\u00e9signer un ensemble d\u2019exp\u00e9riences subjectives, de processus mentaux et de comportements auxquels se trouvent confront\u00e9s psychologues, psychiatres, neuroscientifiques, anthropologues ou encore philosophes. De nombreuses voix se sont toutefois \u00e9lev\u00e9es pour mettre en question la putative unit\u00e9 de ces concepts et l\u2019int\u00e9r\u00eat heuristique d\u2019y recourir. Ce colloque interdisciplinaire se propose de faire le point sur ces deux concepts et de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leur avenir en envisageant diff\u00e9rentes mani\u00e8re de les repenser, de les amender ou de les ramifier. Ce faisant, il s\u2019agira aussi de s\u2019interroger sur la meilleure m\u00e9thodologie \u00e0 adopter dans l\u2019\u00e9tude de ces concepts et sur les potentielles synergies qui existent entre th\u00e9orisation, exp\u00e9rimentation et application th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h3>I. Les hallucinations.<\/h3>\n<p><em>(Jeudi 19 novembre, matin\u00a0; samedi 21 novembre, toute la journ\u00e9e).<\/em><\/p>\n<p>Le concept classique d\u2019hallucination s\u2019est \u00e9labor\u00e9 \u00e0 partir de la tradition repr\u00e9sentationaliste cart\u00e9sienne et de sa pr\u00e9occupation pour la menace \u00e9pist\u00e9mologique que faisait selon elle peser la possible existence de repr\u00e9sentations perceptives fausses poss\u00e9dant l\u2019apparence de repr\u00e9sentations perceptives vraies (<em>e.g.<\/em>, Smith 2002). Parall\u00e8lement les psychologues et psychiatres ont traditionnellement d\u00e9fini l\u2019hallucination comme repr\u00e9sentation perceptive d\u2019un objet en l\u2019absence m\u00eame de tout objet (Esquirol 1838\u00a0; Falret 1864\u00a0; Ey, 1973). Ces deux d\u00e9finitions partagent un m\u00eame pr\u00e9suppos\u00e9\u00a0: celui que le bon cas (le cas de perception v\u00e9ridique) et le mauvais cas (le cas d\u2019hallucination) se ressembleraient de tr\u00e8s pr\u00e8s. Les philosophes parlent ainsi d\u2019\u00ab\u00a0indiscriminabilit\u00e9\u00a0\u00bb entre exp\u00e9rience v\u00e9ridique et exp\u00e9rience hallucinatoire tandis que les psychiatres parlent d\u2019un m\u00eame \u00ab\u00a0sens de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb qui marquerait l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9ridique et l\u2019exp\u00e9rience hallucinatoire correspondante.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e selon laquelle la (quasi-)identit\u00e9 entre la perception v\u00e9ridique et l\u2019hallucination serait essentielle dans la d\u00e9finition de l\u2019hallucination a \u00e9t\u00e9 progressivement mise en question. Chez les philosophes, les partisans du disjonctivisme ont contest\u00e9 l\u2019existence d\u2019un facteur commun entre perception v\u00e9ridique et hallucination, tout en conservant n\u00e9anmoins le concept d\u2019indiscriminabilit\u00e9 (M.G.F Martin 2002, 2004\u00a0; McDowell 1994\u00a0; Dokic &amp; J.-R. Martin 2012). D\u2019autres ont, plus radicalement encore, contest\u00e9 l\u2019existence m\u00eame d\u2019une indiscriminabilit\u00e9 entre perception et hallucination (Austin 1962\u00a0; Putnam 1999\u00a0; Gonz\u00e1lez 2010) ainsi que l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019exp\u00e9rience perceptive serait d\u00e9finie par un contenu intentionnel \u00ab\u00a0parlant\u00a0\u00bb du monde et poss\u00e9dant des conditions de v\u00e9rit\u00e9 (Austin 1962\u00a0; Travis 2013\u00a0; Benoist 2013). De m\u00eame, en psychiatrie, plusieurs auteurs ont, d\u00e8s le d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, questionn\u00e9 l\u2019existence d\u2019une m\u00eame impression de r\u00e9alit\u00e9 qui serait partag\u00e9e entre la perception quotidienne du monde et les \u00e9pisodes hallucinatoires (Jaspers 1913\u00a0; Merleau-Ponty 1945). Cette critique est aujourd\u2019hui reprise et approfondie par certains (Sass 1994\u00a0; Ratcliffe 2013).<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es documentant la nature des hallucinations sont aujourd\u2019hui d\u2019une grande diversit\u00e9\u00a0: ph\u00e9nom\u00e9nologiques (Masters &amp; Houston 1966\u00a0; Shanon 2002), anthropologiques (Furst 1976\u00a0; Luhrmann 2011), transculturelles (Luhrmann et al. 2015\u00a0; Lar\u00f8i et al. 2014), psychologiques (Siegel &amp; West (eds.) 1975\u00a0; Aleman &amp; Lar\u00f8i 2008), neuropsychologiques (Jardri et al. (eds.) 2013\u00a0; Collerton et al. (eds.) 2015), psychopharmacologiques (Hobson 2001\u00a0; Corlett, Frith &amp; Fletcher 2009), neurocomputationnelles (Bressloff et al. 2002\u00a0; Froese et al. 2013), etc. Le colloque visera moins \u00e0 pr\u00e9senter ces donn\u00e9es empiriques qu\u2019\u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 partir d\u2019elles et \u00e0 partir d\u2019autres, \u00e0 la th\u00e9orisation que l\u2019on en peut faire, et \u00e0 la position th\u00e9orique g\u00e9n\u00e9rale qu\u2019il convient d\u2019adopter \u00e0 propos des hallucinations.<\/p>\n<h3>II. Les \u00e9tats modifi\u00e9s de conscience.<\/h3>\n<p><em>(Jeudi 19 novembre, apr\u00e8s-midi\u00a0; vendredi 20 novembre, toute la journ\u00e9e).<\/em><\/p>\n<p>Le concept d\u2019\u00e9tat modifi\u00e9 de conscience (EMC) fut d\u00e9velopp\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 (Ludwig 1966\u00a0; Tart 1969). Il s\u2019est rapidement diffus\u00e9 dans les milieux de la contre-culture, mais \u00e9galement, de mani\u00e8re plus formelle, au sein de la psychologie (notamment sous sa variante transpersonnelle), de l\u2019anthropologie et des neurosciences. De nombreuses faiblesses du concept ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9es au cours des d\u00e9cennies, et aujourd\u2019hui, aux yeux de certains auteurs, les EMC ne sont gu\u00e8re plus qu\u2019une \u00ab\u00a0notion pseudo-scientifique\u00a0\u00bb (Kaech 2010) et \u00ab\u00a0un pseudo-concept cumulant les d\u00e9fauts d\u2019une compr\u00e9hension nulle et d\u2019une extension ind\u00e9termin\u00e9e\u00a0\u00bb (Bonhomme 2001). A notamment \u00e9t\u00e9 all\u00e9gu\u00e9 contre le concept d\u2019EMC son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 (il couvre des ph\u00e9nom\u00e8nes tr\u00e8s vari\u00e9s), son naturalisme na\u00eff aveugle aux variations culturelles et sa d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de comptes rendus subjectifs peu fiables.<\/p>\n<p>Toutefois, ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies ont vu le d\u00e9veloppement de nouvelles th\u00e9ories des EMC qui proposent une vaste r\u00e9vision du concept classique et qui \u00e9chappent ainsi \u00e0 bon nombre des critiques qui lui furent oppos\u00e9es par le pass\u00e9. Reprenant et am\u00e9liorant le travail pionnier de Dittrich (1994\u00a0; 1998), gr\u00e2ce notamment \u00e0 de nouvelles techniques de traitement statistique, Studerus (2013) a ainsi d\u00e9velopp\u00e9 une nouvelle grille de classification des EMC. Cette taxonomie a permis de mettre en \u00e9vidence l\u2019existence d\u2019un noyau d\u2019exp\u00e9rience partag\u00e9 par toutes les exp\u00e9riences classiquement d\u00e9finies comme EMC. Vollenweider et son \u00e9quipe ont par ailleurs mis au jour les m\u00e9canismes neurobiologiques qui sous-tendent les diff\u00e9rents param\u00e8tres constitutifs de leur grille de mesure des EMC (<em>e.g.<\/em>, Vollenweider &amp; Kometer 2010).<\/p>\n<p>Partant de sa connaissance de la ph\u00e9nom\u00e9nologie et de la neurobiologie des r\u00eaves, et \u00e9tendant ensuite son analyse \u00e0 d\u2019autres types d\u2019exp\u00e9riences, Hobson (2001) a de son c\u00f4t\u00e9 propos\u00e9 un mod\u00e8le des EMC reposant sur trois dimensions fondamentales\u00a0: l\u2019activation cognitive (la vitesse de traitement des informations par le cerveau), l\u2019origine de l\u2019information (majoritairement ext\u00e9roceptive ou majoritairement int\u00e9roceptive) et la modulation de l\u2019activit\u00e9 cognitive (notamment \u00e0 l\u2019aide de la m\u00e9morisation et des contraintes <em>top-down<\/em>). Ce mod\u00e8le \u00e0 trois dimensions permet ainsi de sp\u00e9cifier les ressemblances et les dissemblances entre les diff\u00e9rentes exp\u00e9riences habituellement cat\u00e9goris\u00e9es comme EMC.<\/p>\n<p>Un dernier exemple du renouveau des mod\u00e8les des EMC est celui en cours de d\u00e9veloppement par Carhart-Harris (Carhart-Harris et al. 2014). Ce mod\u00e8le s\u2019inscrit clairement dans le paradigme du cerveau bay\u00e9sien (Friston 2010\u00a0; Hohwy 2013). Fortement inspir\u00e9 par l\u2019\u00e9tude des exp\u00e9riences psych\u00e9d\u00e9liques, il propose de d\u00e9finir un spectre de la conscience sur lequel s\u2019\u00e9talent d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des exp\u00e9riences fortement entropiques (o\u00f9 dominent la flexibilit\u00e9 cognitive et la r\u00e9vision rapide des <em>priors<\/em>) et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 des exp\u00e9riences tr\u00e8s faiblement entropiques (o\u00f9 dominent la raideur cognitive et l\u2019imposition rigide des <em>priors<\/em>).<\/p>\n<p>Si ces r\u00e9centes mod\u00e9lisations ont beaucoup fait pour am\u00e9liorer la rigueur et la pr\u00e9cision avec lesquelles les EMC sont d\u00e9finies, beaucoup de questions th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques demeurent pos\u00e9es. Le colloque se propose justement de faire le point sur les r\u00e9centes avanc\u00e9es r\u00e9alis\u00e9es et de dresser un panorama des voies \u00e0 explorer dans le futur. Une question d\u00e9finitionnelle tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale est celle de savoir si les EMC sont plus pertinemment d\u00e9finis comme une alt\u00e9ration de la <em>conscience d\u2019acc\u00e8s<\/em>, de la <em>conscience ph\u00e9nom\u00e9nale<\/em> ou des deux \u00e0 la fois (cf. Block 1995). Certains ont explicitement soutenu que les EMC \u00e9taient d\u2019abord une affaire de processus informationnels et repr\u00e9sentationnels (Revonsuo et al. 2009). De ce point de vue, il serait plus pertinent de parler de <em>modification de la cognition<\/em> que de <em>modification de la conscience<\/em>. Mais d\u2019autres, au contraire, ont soulign\u00e9 que la plupart des mod\u00e8les neurocomputationnels des EMC s\u2019en tenaient \u00e0 l\u2019\u00e9tude des modifications de la conscience d\u2019acc\u00e8s et que tout restait donc \u00e0 faire en mati\u00e8re de conscience ph\u00e9nom\u00e9nale (Rock &amp; Krippner 2007). L\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9cent des neurosciences de la conscience pour les <em>qualia<\/em> (Balduzzi &amp; Tononi 2009) ou encore la proposition de jonction (Ratcliffe 2013) entre les mod\u00e8les neurobiologiques de la schizophr\u00e9nie (Fletcher &amp; Frith 2009) et la tradition d\u2019\u00e9tude ph\u00e9nom\u00e9nologique de la schizophr\u00e9nie (Jaspers 1913) laisse augurer du meilleur sur le versant ph\u00e9nom\u00e9nal des modifications de la conscience. Et ce d\u2019autant plus que, cette derni\u00e8re d\u00e9cennie, de grands progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 faits dans l\u2019\u00e9laboration de techniques introspectives permettant de restituer de mani\u00e8re fiable toute la richesse des exp\u00e9riences v\u00e9cues (Lutz &amp; Thompson 2003\u00a0; Hurlburt &amp; Heavey 2006\u00a0; Petitmengin et al. 2013). Une autre question qui reste largement ouverte est celle de la construction et de la variation des exp\u00e9riences classifi\u00e9es comme EMC \u00e0 travers les cultures (Laughlin, McManus &amp; d\u2019Aquili 1990\u00a0; Laughlin 2011). De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale encore, l\u2019enjeu de red\u00e9finition des EMC recoupe des probl\u00e9matiques tr\u00e8s concr\u00e8tes li\u00e9es aux applications th\u00e9rapeutiques rendues possibles par la recherche dans ce domaine (Laureys 2015\u00a0; Le Van Quyen 2015).<\/p>\n<hr \/>\n<h1 style=\"text-align: center;\">Programme<\/h1>\n<h2><em>Jeudi 19 novembre<\/em><\/h2>\n<p><em>Salle Jean Jaur\u00e8s (sous-sol), \u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure \u2013 29, rue d\u2019Ulm \u2013 75\u00a0005 Paris<\/em><\/p>\n<h3><strong>\u00ab\u00a0Le concept d\u2019hallucination en question\u00a0: enjeux th\u00e9oriques et empiriques\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p>9h00-10h10\u00a0: J\u00e9r\u00f4me Dokic (EHESS, Institut Jean Nicod) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Hallucinations et autres confusions m\u00e9taperceptives\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>10h10-10h30\u00a0: <em>Pause caf\u00e9<\/em><\/p>\n<p>10h30-11h40\u00a0: Martin Fortier (EHESS, Institut Jean Nicod) \u2013<em> \u00ab\u00a0Ph\u00e9nom\u00e9nologie et psychopharmacologie du sens de r\u00e9alit\u00e9\u00a0: vers une mod\u00e9lisation bay\u00e9sienne des hallucinations\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>11h40-12h50\u00a0: Frank Lar\u00f8i (Universit\u00e9 de Li\u00e8ge) \u2013 <em>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude des hallucinations auditivo-verbales en sciences neurocognitives\u00a0: aspects m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>12h50-14h30\u00a0: <em>Pause d\u00e9jeuner<\/em><\/p>\n<h3>\u00ab\u00a0Le concept d\u2019\u00e9tat modifi\u00e9 de conscience en question\u00a0: \u00e9tudes de cas\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>14h30-15h30\u00a0: Michel Bitbol (CNRS, Archives Husserl) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Sur la valeur transformatrice de l\u2019\u00e9poch\u00e8 ph\u00e9nom\u00e9nologique : un parall\u00e8le avec les disciplines contemplatives\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>15h30-16h30\u00a0: Alexandre Billon (Universit\u00e9 de Lille) \u2013 <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Comprendre le d\u00e9lire de Cotard : le\u00e7ons de l\u2019\u00e9tude de la d\u00e9personnalisation\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>16h30-16h45\u00a0:<em> Pause caf\u00e9<\/em><\/p>\n<p>16h45-17h45\u00a0: Jean-R\u00e9my Martin (University of Sussex) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Les alt\u00e9rations du sens de l\u2019agentivit\u00e9 dans l\u2019hypnose\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>17h45-18h45\u00a0: Fr\u00e9d\u00e9rick Bois-Mariage (ARTEMOC) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Les visions iconiques universelles comme illustration du potentiel heuristique transdisciplinaire de la notion d\u2019EMC\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<h2><em>Vendredi 20 novembre<\/em><\/h2>\n<p><em>Amphith\u00e9\u00e2tre Duclaux, Institut Pasteur \u2013 28, rue du Dr. Roux \u2013 75\u00a0015 Paris<\/em><\/p>\n<h3>Table ronde\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019esprit peut-il soigner le cerveau\u00a0? Perspectives th\u00e9rapeutiques des modulations de la conscience\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Mod\u00e9rateurs\u00a0: Guillaume Dumas (Institut Pasteur) &amp; Rapha\u00ebl Milli\u00e8re (University of Oxford)<\/p>\n<p>9h30-9h55\u00a0: Trinlay Tulku Rinpoche (Lign\u00e9e Kagyu) \u2013 <em>\u00ab\u00a0M\u00e9thodes de perfectionnement et de connaissance de l\u2019esprit dans le bouddhisme <\/em><em>Mah\u00e2y\u00e2na<\/em><em>\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>9h55-10h20\u00a0: Magali Molini\u00e9 (Universit\u00e9 Paris 8, Cornell University, REV France) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Entente de voix\u00a0: une pragmatique de l\u2019espoir\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>10h20-10h45\u00a0: Jean Becchio (CITAC, CHU Bic\u00eatre) \u2013 <em>\u00ab\u00a0L\u2019hypnose\u00a0: du chamanisme aux neurosciences\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>10h45-11h10\u00a0: Rapha\u00ebl Gaillard (Universit\u00e9 Paris Descartes, Centre Hospitalier Sainte Anne) \u2013 <em>\u00ab\u00a0K\u00e9tamine et monitorage de la confiance dans la prise de d\u00e9cision\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>11h10-11h30\u00a0: <em>Pause caf\u00e9<\/em><\/p>\n<p>11h30-13h00: Table ronde<\/p>\n<p>13h00-14h30\u00a0: <em>Pause d\u00e9jeuner<\/em><\/p>\n<h3>Table ronde\u00a0: \u00ab\u00a0La diversit\u00e9 des \u00e9tats modifi\u00e9s de conscience\u00a0: enjeux m\u00e9thodologiques et m\u00e9triques\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Mod\u00e9rateurs\u00a0: Martin Fortier (EHESS, IJN) &amp; Rapha\u00ebl Milli\u00e8re (University of Oxford)<\/p>\n<p>14h30-15h00\u00a0: Fr\u00e9d\u00e9rick Bois-Mariage (ARTEMOC) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Contribution \u00e0 une historiographie de la notion d\u2019EMC\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>15h00-15h30\u00a0: Guillaume Dumas (Institut Pasteur) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Approches cat\u00e9gorielles et dimensionnelles des EMCs\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>15h30-16h00\u00a0: Michel Le Van Quyen (Institut du Cerveau et de la Moelle Epini\u00e8re, INSERM, CNRS) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Faire l\u2019exp\u00e9rience de son cerveau\u00a0: neuroph\u00e9nom\u00e9nologie et neurofeedback\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>16h00-16h30\u00a0: Claire Petitmengin (Institut Mines-T\u00e9l\u00e9com, Archives Husserl) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Les m\u00e9thodes et enjeux d\u2019une description micro-ph\u00e9nom\u00e9nologique de l\u2019exp\u00e9rience m\u00e9ditative\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>16h30-17h00\u00a0: Arnaud Halloy (Universit\u00e9 de Nice Sophia Antipolis) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Possession religieuse et \u00e9tats modifi\u00e9s de conscience\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>17h00-17h30 : <em>Pause caf\u00e9<\/em><\/p>\n<p>17h30-19h00 : Table ronde<\/p>\n<h2>Samedi 21 novembre<\/h2>\n<p><em>Salle 236 (2<sup>e<\/sup> \u00e9tage), \u00c9<\/em><em>cole Normale Sup\u00e9rieure \u2013 29, rue d\u2019Ulm \u2013 75\u00a0005 Paris<\/em><\/p>\n<h3>Atelier: \u00ab La philosophie de la perception \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des hallucinations \u00bb<\/h3>\n<p>9h00-10h30\u00a0: Rapha\u00ebl Milli\u00e8re (University of Oxford) \u2013 <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Hallucinations, illusions et r\u00e9alit\u00e9 virtuelle\u00a0: l\u2019hypoth\u00e8se du continuum des anomalies perceptives\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>10h30-10h45<em> : Pause caf\u00e9<\/em><\/p>\n<p>10h45-12h45\u00a0: Jocelyn Benoist (Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne, Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne) \u2013<em> \u00ab\u00a0L\u2019hallucination parfaite ou la philosophie hallucinant la perception\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>12h45-14h15\u00a0:<em> Pause d\u00e9jeuner<\/em><\/p>\n<p>14h15-16h15\u00a0: Martin Fortier (EHESS, Institut Jean Nicod) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Les th\u00e9ories de la perception face aux exp\u00e9riences hallucinog\u00e8nes\u00a0: indiscriminabilit\u00e9, parasitisme et sens de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>16h15-16h30\u00a0: <em>Pause caf\u00e9<\/em><\/p>\n<p>16h30-18h30 : Pierre-Henri Castel (CNRS, Institut Marcel Mauss) \u2013 <em>\u00ab\u00a0Ce que l\u2019histoire de la clinique psychiatrique en France sugg\u00e8re sur les hallucinations psychotiques<\/em><em>\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<h1 style=\"text-align: center;\">R\u00e9sum\u00e9s des Communications<\/h1>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>N.B. Les r\u00e9sum\u00e9s sont pr\u00e9sent\u00e9s par ordre chronologique.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Ne figure pas de r\u00e9sum\u00e9 pour les communications des tables rondes.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">J\u00e9r\u00f4me Dokic<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(EHESS, Institut Jean Nicod)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Hallucinations et autres confusions m\u00e9taperceptives\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Martin Fortier<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(EHESS, Institut Jean Nicod)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Ph\u00e9nom\u00e9nologie et psychopharmacologie du sens de r\u00e9alit\u00e9\u00a0:<br \/>\nvers une mod\u00e9lisation bay\u00e9sienne des hallucinations\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les philosophes d\u00e9finissent classiquement l\u2019hallucination comme une exp\u00e9rience perceptive fausse (c\u2019est-\u00e0-dire sans objet r\u00e9el) qui appara\u00eet comme subjectivement indiscriminable de l\u2019exp\u00e9rience perceptive vraie correspondante. La limite de la th\u00e9orisation philosophique des hallucinations est qu\u2019elle s\u2019est jusqu\u2019ici fond\u00e9e sur de simples exp\u00e9riences de pens\u00e9e, dont on ne sait au juste si elles concernent des ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9els ou si elles ne sont que de purs objets fantasmagoriques existant seulement dans l\u2019esprit de quelques savants de cabinet. Une mani\u00e8re de repenser la nature des hallucinations \u2013 et donc de la perception \u2013 en s\u2019assurant que l\u2019on parle bel et bien de choses r\u00e9elles est d\u2019\u00e9tudier les hallucinations effectivement \u00e9prouv\u00e9es par les gens. Les hallucinations induites par les substances psychotropes constituent \u00e0 cet \u00e9gard une pr\u00e9cieuse source d\u2019information.<\/p>\n<p>Mais alors, que l\u2019induction pharmacologique des hallucinations nous enseigne-t-elle\u00a0? Si l\u2019on se tourne du c\u00f4t\u00e9 des <em>hallucinog\u00e8nes<\/em> (psilocybine, LSD, mescaline, DMT, etc.) il appara\u00eet que l\u2019indiscriminabilit\u00e9, dont faisaient grand cas les philosophes classiques, ne devient plus un crit\u00e8re pertinent des hallucinations au sens o\u00f9, sous l\u2019effet de ces substances, les sujets sont parfaitement capables de distinguer entre les exp\u00e9riences perceptives qui rel\u00e8vent du monde ordinaire et celles qui rel\u00e8vent du monde psych\u00e9d\u00e9lique. N\u00e9anmoins, les sujets ajoutent que bien qu\u2019ils puissent parfaitement discriminer leurs exp\u00e9riences hallucinog\u00e8nes de celles qu\u2019ils ont d\u2019ordinaire, les premi\u00e8res ne semblent pas moins r\u00e9elles que les secondes \u2013 m\u00eame si leur r\u00e9alit\u00e9 s\u2019\u00e9prouve en un sens diff\u00e9rent. Comprendre la nature de ces exp\u00e9riences hallucinog\u00e8nes requiert donc de comprendre la nature du <em>sens de r\u00e9alit\u00e9<\/em> et de ses variations possibles. Ce qui est au c\u0153ur de la th\u00e9orie des hallucinations n\u2019est d\u00e8s lors plus le crit\u00e8re d\u2019indiscriminabilit\u00e9, mais celui de sens de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Plusieurs auteurs se sont ces derni\u00e8res ann\u00e9es int\u00e9ress\u00e9s, tant d\u2019un point de vue th\u00e9orique (<em>e.g.<\/em>, Ratcliffe, No\u00eb, Matthen, Dokic) que d\u2019un point de vue exp\u00e9rimental (<em>e.g.<\/em>, Slater, Seth, Blanke, Simeon), au <em>sens de r\u00e9alit\u00e9<\/em> (ou au <em>sentiment de r\u00e9alit\u00e9<\/em> ou au <em>sentiment de pr\u00e9sence<\/em>) et \u00e0 ses distorsions possibles. La limite de ces approches, toutefois, tient en ce qu\u2019elles supposent le plus souvent que le sens de r\u00e9alit\u00e9 est une esp\u00e8ce naturelle poss\u00e9dant une ph\u00e9nom\u00e9nologie homog\u00e8ne et des m\u00e9canismes sous-jacents unifi\u00e9s. Nous tenterons de montrer \u00e0 partir de divers exemples qu\u2019il n\u2019en est rien. Nous nous poserons par ailleurs la question du lien entre sens de r\u00e9alit\u00e9 et indiscriminabilit\u00e9. Si, en effet, les <em>hallucinog\u00e8nes<\/em> induisent des exp\u00e9riences modifi\u00e9es qui sont discriminables des exp\u00e9riences ordinaires, en revanche, les <em>d\u00e9lirants<\/em> (datura, brugmansia, devoisia, mandragore, jusquiame, etc.), eux, induisent des exp\u00e9riences tout \u00e0 fait indiscriminables des exp\u00e9riences ordinaires, mais dont le sens de r\u00e9alit\u00e9 peut pourtant parfois \u00eatre diff\u00e9rent de celui \u00e9prouv\u00e9 d\u2019ordinaire. Cela semble donc sugg\u00e9rer un possible d\u00e9couplage entre sens de r\u00e9alit\u00e9 et indiscriminabilit\u00e9 qui exclurait l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle l\u2019indiscriminabilit\u00e9 subjective proc\u00e9derait du sens de r\u00e9alit\u00e9 (cf. Dokic &amp; Martin 2012).<\/p>\n<p>Nous essaierons d\u2019\u00e9clairer l\u2019ensemble de ces questions sur la base d\u2019\u00e9l\u00e9ments pour l\u2019essentiel empiriques. Nous pr\u00e9senterons notamment un mod\u00e8le des hallucinations et du sens de r\u00e9alit\u00e9 qui s\u2019inspire largement des principes du cerveau bay\u00e9sien (Friston 2010\u00a0; Clark 2013\u00a0; Hohwy 2013) et qui synth\u00e9tise dans ce cadre l\u2019ensemble des connaissances psychopharmacologiques portant sur les hallucinog\u00e8nes s\u00e9rotoninergiques et sur les d\u00e9lirants anti-cholinergiques (<em>e.g.<\/em>, Spinella 2001\u00a0; Nichols 2004\u00a0; Ray 2010). \u00c0 vrai dire, deux mod\u00e9lisations bay\u00e9siennes des substances hallucinog\u00e8nes ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es (Corlett, Frith &amp; Fletcher 2009\u00a0; Carhart-Harris et al. 2014). Le probl\u00e8me, toutefois, est que ces mod\u00e8les \u00e9chouent \u00e0 int\u00e9grer les multiples dimensions pourtant offertes par le cadre th\u00e9orique bay\u00e9sien (Corlett et al. se contentent par exemple de mod\u00e9liser l\u2019action des psychotropes en termes d\u2019activation\/mitigation du bas niveau\/du haut niveau).<\/p>\n<p>Si le cadre bay\u00e9sien se fonde sur la distinction somme toute assez classique entre donn\u00e9es de bas niveau (les informations sensorielles ambigu\u00ebs) et donn\u00e9es de haut niveau (l\u2019interpr\u00e9tation et la pr\u00e9diction des donn\u00e9es de bas niveau), il met \u00e9galement au jour bien d\u2019autres m\u00e9canismes qui se trouvent jouer un r\u00f4le crucial dans la g\u00e9n\u00e9ration des hallucinations et du sens de r\u00e9alit\u00e9. Ainsi en va-t-il par exemple de la <em>pr\u00e9cision<\/em> qui est attribu\u00e9e aux donn\u00e9es <em>bottom-up\u00a0<\/em>; selon le degr\u00e9 de pr\u00e9cision reconnue, les donn\u00e9es de bas niveau se verront cons\u00e9quemment attribuer un poids plus ou moins important en comparaison aux donn\u00e9es de haut niveau (Yu &amp; Dayan 2005\u00a0; Feldman &amp; Friston 2010\u00a0; Hesselmann et al. 2010). Des dysfonctionnements dans l\u2019attribution du degr\u00e9 de pr\u00e9cision des erreurs de pr\u00e9diction peuvent, par un effet de cascade, g\u00e9n\u00e9rer de nombreuses anomalies perceptives et cognitives (<em>e.g.<\/em>, Adams et al., 2014).<\/p>\n<p>Une autre dimension centrale de la th\u00e9orie bay\u00e9sienne qui est demeur\u00e9e jusqu\u2019ici largement ignor\u00e9e concerne non pas la modulation des donn\u00e9es <em>bottom-up<\/em> ou <em>top-down<\/em>, mais la focale \u00e0 travers laquelle appara\u00eet \u00e0 la conscience la distribution de probabilit\u00e9s cens\u00e9e mod\u00e9liser le monde. Une m\u00eame hypoth\u00e8se <em>a posteriori<\/em> \u00e0 propos de l\u2019origine causale des donn\u00e9es sensorielles peut en effet \u00eatre envisag\u00e9e sous sa forme premi\u00e8re (c\u2019est-\u00e0-dire comme une distribution de probabilit\u00e9s) ou sous une forme \u00e9chantillonn\u00e9e (n\u2019acc\u00e8de \u00e0 la conscience qu\u2019un seul \u00e9chantillon de l\u2019ensemble de la distribution de probabilit\u00e9s) (Vul, Hanus &amp; Kanwisher 2009\u00a0; Moreno-Bote, Knill &amp; Pouget 2011). En temps normal, l\u2019interpr\u00e9tation des donn\u00e9es sensorielles est \u00e9chantillonn\u00e9e (on fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un \u00e9tat de choses univoque et non d\u2019une multitude d\u2019\u00e9tats de choses plus ou moins probables), mais nous sugg\u00e9rerons \u00e0 partir de travaux sur la rivalit\u00e9 binoculaire que certains psychotropes peuvent att\u00e9nuer l\u2019effet d\u2019\u00e9chantillonnage et donc changer la focale de la conscience (cf. Frecska et al., 2003\u00a0; Carter et al., 2007).<\/p>\n<p>La mise au point de ce mod\u00e8le multidimensionnel des exp\u00e9riences psychotropes se fera notamment par un travail de comparaison avec les mod\u00e8les probabilistes existant de la psychose (Fletcher &amp; Frith 2009\u00a0; Corlett et al. 2010). Outre les hallucinog\u00e8nes classiques et les d\u00e9lirants \u00e0 scopolamine, nous verrons comment des psychotropes atypiques comme la <em>Salvia divinorum<\/em> (compos\u00e9e de salvinorine A, agoniste sur les r\u00e9cepteurs \u03ba-opio\u00efdes) ou l\u2019<em>Amanita muscaria<\/em> (compos\u00e9e de muscimol, agoniste sur les r\u00e9cepteurs GABA<sub>A<\/sub>) entrent dans notre mod\u00e8le. Nous comparerons \u00e9galement le type de sens de r\u00e9alit\u00e9 et le type d\u2019hallucination qui sont induits par les psychotropes \u00e0 ceux que l\u2019on rencontre dans les d\u00e9mences d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives (Parkinson, Alzheimer et corps de Lewy) (Collerton, Perry &amp; McKeith 2005). Sur un plan plus th\u00e9orique et philosophique, nous conclurons en montrant quels enseignements cruciaux l\u2019on peut tirer de ce mod\u00e8le quant \u00e0 la nature et \u00e0 l\u2019articulation du contenu sensoriel, du sens de r\u00e9alit\u00e9 et de la capacit\u00e9 de discriminabilit\u00e9, et quant \u00e0 la possibilit\u00e9 de distinguer les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019illusion des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019hallucination. Nous soutiendrons notamment une <em>th\u00e9orie \u00e9liminativiste des hallucinations<\/em>\u00a0: il n\u2019existe pas de m\u00e9canisme unifi\u00e9 correspondant \u00e0 ce que l\u2019on appelle couramment les hallucinations\u00a0; il existe bien plut\u00f4t diff\u00e9rents types de m\u00e9canismes, si bien qu\u2019il convient d\u2019identifier diff\u00e9rents types d\u2019hallucinations et de reconna\u00eetre que chacun d\u2019entre eux pose des d\u00e9fis \u00e9pist\u00e9mologiques tout \u00e0 fait distincts.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Frank Lar\u00f8i<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(Universit\u00e9 de Li\u00e8ge)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude des hallucinations auditivo-verbales en sciences neurocognitives\u00a0:<br \/>\naspects m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude des hallucinations (auditivo-verbales) a suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat croissant au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. La recherche sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne complexe est multidisciplinaire, avec une forte contribution des sciences neurocognitives qui int\u00e8grent la psychologie exp\u00e9rimentale\/cognitive, la neuropsychologie et la neurobiologie. Dans cet expos\u00e9, je pr\u00e9senterai quelques d\u00e9finitions des hallucinations et j\u2019en d\u00e9crirai les caract\u00e9ristiques ph\u00e9nom\u00e9nologiques. Je pr\u00e9senterai ensuite quelques exemples d\u2019\u00e9tudes qui ont explor\u00e9 le r\u00f4le des m\u00e9canismes cognitifs et c\u00e9r\u00e9braux dans les hallucinations. Ces \u00e9tudes seront d\u00e9crites en d\u00e9tail afin d\u2019en illustrer diff\u00e9rents aspects m\u00e9thodologiques (l\u2019\u00e9valuation des hallucinations, l\u2019\u00e9valuation des processus cognitifs,\u2026). Les implications th\u00e9oriques de ces travaux seront \u00e9galement discut\u00e9es. Enfin, j\u2019exposerai quelques r\u00e9flexions sur les limites de cette approche et les pistes \u00e0 explorer dans des \u00e9tudes futures.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Michel Bitbol<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(CNRS, Archives Husserl)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Sur la valeur transformatrice de l\u2019\u00e9poch\u00e8 ph\u00e9nom\u00e9nologique :<br \/>\nun parall\u00e8le avec les disciplines contemplatives\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au premier degr\u00e9, l\u2019\u00e9poch\u00e8 a en ph\u00e9nom\u00e9nologie une fonction de d\u00e9voilement du fondement v\u00e9cu, toujours-d\u00e9j\u00e0 disponible mais n\u00e9glig\u00e9, de la connaissance objective. Par-del\u00e0 cette dimension \u00e9pist\u00e9mologique, cependant, l\u2019\u00e9poch\u00e8 s\u2019est vue attribuer (par plusieurs ph\u00e9nom\u00e9nologues \u00e0 commencer par Husserl) une valeur de mutation existentielle dont les implications sont contemplatives et \u00e9thiques. Le choix de la locution \u00ab\u00a0mutation existentielle\u00a0\u00bb de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9tat modifi\u00e9 de conscience\u00a0\u00bb se justifie par la radicalit\u00e9 de l\u2019ambition ph\u00e9nom\u00e9nologique. Si un \u00ab\u00a0\u00e9tat modifi\u00e9 de conscience\u00a0\u00bb peut encore \u00eatre envisag\u00e9 dans l\u2019ambiance d\u2019une opposition entre la conscience et le monde, ce n\u2019est pas le cas d\u2019une \u00ab\u00a0mutation existentielle\u00a0\u00bb, car cette derni\u00e8re peut tr\u00e8s bien avoir pour r\u00e9sultat (comme c\u2019est le cas dans un cadre ph\u00e9nom\u00e9nologique suffisamment affermi) la dissolution de cette opposition et la r\u00e9-immersion dans le domaine d\u2019immanence \u00e0 partir duquel elle est constitu\u00e9e. Certaines conditions d\u2019une telle \u00e9poch\u00e8 \u00e0 vis\u00e9e existentielle seront pr\u00e9cis\u00e9es, puis l\u2019\u00e9tat r\u00e9sultant sera caract\u00e9ris\u00e9 \u00e0 grands traits et compar\u00e9 aux \u00e9tapes de la pratique contemplative. Des entretiens oraux avec un petit groupe de pratiquants de disciplines contemplatives seront mis \u00e0 profit pour cette comparaison.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Alexandre Billon<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(Universit\u00e9 de Lille)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Comprendre le d\u00e9lire de Cotard : le\u00e7ons de l\u2019\u00e9tude de la d\u00e9personnalisation\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les patients souffrant du d\u00e9lire de Cotard peuvent nier \u00eatre vivants, avoir un estomac, avoir un corps, ou m\u00eame penser et exister. Ils peuvent aussi pr\u00e9tendre que le monde ou le temps ont cess\u00e9 d&#8217;exister. Dans cette intervention, je montre qu&#8217;il y a des raisons d\u00e9cisives de maintenir que ces patients sont coh\u00e9rents et compr\u00e9hensibles, \u00a0mais que les principales th\u00e9ories neurocognitives du d\u00e9lire de Cotard peuvent difficilement permettre de le faire. Pour cela, je m&#8217;appuie sur le lien \u00e9troit entre le d\u00e9lire de Cotard \u00a0et un \u00e9tat modifi\u00e9 de conscience connu sous le nom de d\u00e9personnalisation. Je d\u00e9fends l&#8217;id\u00e9e que l&#8217;exp\u00e9rience de d\u00e9personnalisation est similaire \u00e0 celle des patients souffrant du d\u00e9lire de Cotard, laquelle peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 par une diminution du caract\u00e8re subjectif de la conscience et de deux autres trait structurels que j&#8217;appelle le caract\u00e8re pr\u00e9sent et le caract\u00e8re actuel. Le syndrome de Cotard consiste simplement \u00e0 prendre ces exp\u00e9riences anomales \u00e0 la lettre et \u00e0 endosser leur contenu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Jean-R\u00e9my Martin<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(<em>University of Sussex)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Les alt\u00e9rations du sens de l\u2019agentivit\u00e9 dans l\u2019hypnose\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les suggestions dites hypnotiques peuvent conduire \u00e0 des exp\u00e9riences modifi\u00e9es de l&#8217;agentivit\u00e9, de la r\u00e9alit\u00e9 ou encore de la m\u00e9moire. Le pr\u00e9sent travail s\u2019int\u00e9ressera particuli\u00e8rement aux modifications du sens de l&#8217;agentivit\u00e9 survenant \u00e0 la suite de suggestions sp\u00e9cifiques qualifi\u00e9es de <em>suggestions motrices<\/em>. Ainsi, lorsque l\u2019on sugg\u00e8re au sujet que son bras se l\u00e8ve par lui-m\u00eame (<em>arm levitation suggestion<\/em>), il en r\u00e9sulte g\u00e9n\u00e9ralement un sentiment de passivit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de ce mouvement. Les m\u00e9canismes relatifs \u00e0 ces alt\u00e9rations du sens de l\u2019agentivit\u00e9 sont encore largement controvers\u00e9s. Nous ferons l\u2019hypoth\u00e8se que le sentiment de passivit\u00e9 associ\u00e9 aux mouvements sugg\u00e9r\u00e9s r\u00e9sulte de l\u2019implication des m\u00e9canismes pr\u00e9dictifs ayant pour r\u00f4le de pr\u00e9dire les cons\u00e9quences sensorielles (<em>e.g.<\/em>, les cons\u00e9quences proprioceptives) associ\u00e9es aux actions volontaires. Ces m\u00e9canismes conduisent au ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019<em>att\u00e9nuation sensorielle<\/em> par lequel les cons\u00e9quences sensorielles d\u2019une action volontaire sont att\u00e9nu\u00e9es tant d\u2019un point de vue de l\u2019intensit\u00e9 du signal que d\u2019un point de vue ph\u00e9nom\u00e9nologique. Inversement, les cons\u00e9quences sensorielles accompagnant les actions passives ne peuvent \u00eatre pr\u00e9dites de sorte que ces actions poss\u00e8dent une saillance ph\u00e9nom\u00e9nologique prononc\u00e9e. Nous \u00e9mettrons l&#8217;hypoth\u00e8se que la suggestion motrice en jeu amplifie les signaux sensoriels associ\u00e9s \u00e0 l\u2019action sugg\u00e9r\u00e9e en orientant l\u2019attention du sujet sur ces signaux. En outre, nous d\u00e9fendrons\u00a0\u00e9galement l\u2019id\u00e9e que la suggestion g\u00e9n\u00e8re chez le sujet le <em>prior<\/em> qu\u2019il n\u2019est pas l\u2019auteur de l\u2019action sugg\u00e9r\u00e9e. Ce <em>prior<\/em> g\u00e9n\u00e8re certaines pr\u00e9dictions, entre autres que les signaux sensoriels devraient \u00eatre d\u00e9livr\u00e9s avec une intensit\u00e9 similaire \u00e0 celle des signaux associ\u00e9s aux actions v\u00e9ritablement passives. Ainsi, dans cette hypoth\u00e8se, l\u2019exp\u00e9rience de passivit\u00e9 r\u00e9sulterait de la correspondance entre l\u2019intensit\u00e9 pr\u00e9dite et l\u2019intensit\u00e9 actuelle des signaux sensoriels (<em>e.g.<\/em>, signaux proprioceptifs) associ\u00e9s \u00e0 l\u2019action sugg\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Fr\u00e9d\u00e9rick Bois-Mariage<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(ARTEMOC)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Les visions iconiques universelles comme illustration du potentiel<br \/>\nheuristique transdisciplinaire de la notion d\u2019EMC\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Rapha\u00ebl Milli\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(<em>University of Oxford<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Hallucinations, illusions et r\u00e9alit\u00e9 virtuelle\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">l\u2019hypoth\u00e8se du continuum des anomalies perceptives\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Selon la d\u00e9finition traditionnelle, les hallucinations sont des exp\u00e9riences perceptives survenant \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de veille qui ne d\u00e9pendent pas causalement de la stimulation des organes aff\u00e9rant \u00e0 la modalit\u00e9 sensorielle pertinente. Si cette d\u00e9finition convient bien aux \u00ab\u00a0hallucinations parfaites\u00a0\u00bb des philosophes, elle est directement contredite par la plupart des cas r\u00e9els. Or l\u2019abandon de la d\u00e9finition traditionnelle des hallucinations pose un probl\u00e8me \u00e9pineux quant au crit\u00e8re de leur distinction avec les illusions. J\u2019examinerai successivement diff\u00e9rents crit\u00e8res alternatifs qui peuvent sembler prometteurs (la distorsion perceptive, l\u2019\u00e9valuation m\u00e9tacognitive et l\u2019intersubjectivit\u00e9), pour montrer qu\u2019aucun d\u2019eux ne saurait tracer une ligne de partage absolue entre hallucinations et illusions dans l\u2019ensemble des cas r\u00e9els ; je m\u2019int\u00e9resserai particuli\u00e8rement aux cas les plus ambigus, souvent ignor\u00e9s, notamment celui des dispositifs de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce constat, je proposerai d\u2019adopter un nouveau paradigme pour traiter des anomalies perceptives telles que les hallucinations et les illusions, \u00ab\u00a0l\u2019hypoth\u00e8se du continuum\u00a0\u00bb, selon laquelle il existe un gradient continu d\u2019exp\u00e9riences allant de la perception v\u00e9ridique aux cas de perception d\u00e9ceptive les plus ind\u00e9pendants de la stimulation des organes sensoriels. S\u2019il demeure possible de situer les cas classiques d\u2019hallucinations et d\u2019illusions sur ce continuum, je tenterai de faire droit \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019existe pas de ligne de d\u00e9marcation claire entre les deux cat\u00e9gories d\u2019anomalies perceptives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Jocelyn Benoist<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne, <\/em><em>Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne<\/em><em>)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0L\u2019hallucination parfaite ou la philosophie hallucinant la perception\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;hallucination figure en bonne place dans l&#8217;arsenal argumentatif du philosophe de la connaissance. On peut parler d&#8217;un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0argument de l&#8217;hallucination\u00a0\u00bb, concurrent de celui de l&#8217;illusion. On s&#8217;interrogera d&#8217;abord pour savoir jusqu&#8217;\u00e0 quel point ils se confondent o\u00f9 doivent \u00eatre tenus pour distincts. L&#8217;un tient-il lieu, suivant une solution \u00e9conomique, de radicalisation de l&#8217;autre, voire de coupe-file par rapport \u00e0 toute une s\u00e9rie d&#8217;objections que l&#8217;on pourrait faire \u00e0 l&#8217;autre\u00a0? Tout comme on pourrait le faire pour l&#8217;illusion, on s&#8217;interrogera ensuite sur le rapport de ce que les philosophes invoquent sous le nom d&#8217;\u00ab\u00a0hallucination\u00a0\u00bb et du ou des concept-s clinique-s recouvert-s par le m\u00eame nom. Sans vouloir exempter ce dernier concept de toute contamination philosophique, puisqu&#8217;il appartient \u00e0 une histoire dans laquelle philosophie et psychologie sont inextricablement li\u00e9es, on mesurera l&#8217;\u00e9cart qui existe \u00e9videmment entre les deux emplois et on essaiera \u00e0 partir de l\u00e0 de cerner la signification exacte du concept d&#8217;\u00ab\u00a0hallucination parfaite\u00a0\u00bb en tant que construction proprement philosophique. On circonscrira le probl\u00e8me qu&#8217;un tel concept sert \u00e0 formuler et, en un dernier temps, on se demandera si, de fa\u00e7on circulaire, l&#8217;intelligibilit\u00e9 m\u00eame de ce concept n&#8217;est pas suspendue au fait qu&#8217;on ait d\u00e9j\u00e0 par avance accord\u00e9 un sens audit probl\u00e8me, d&#8217;une fa\u00e7on telle qu&#8217;un certain type de r\u00e9ponse philosophique, \u00e0 d\u00e9faut d&#8217;\u00eatre vraie, y soit toujours au d\u00e9part au moins pr\u00e9suppos\u00e9e comme possible, suivant une forme subtile de p\u00e9tition de principe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Martin Fortier<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(EHESS, Institut Jean Nicod)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Les th\u00e9ories de la perception face aux exp\u00e9riences hallucinog\u00e8nes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">indiscriminabilit\u00e9, parasitisme et sens de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les deux th\u00e9ories de la perception aujourd\u2019hui les plus populaires sont sans aucun doute le <em>repr\u00e9sentationnalisme<\/em> (ou <em>intentionalisme<\/em>) et le <em>disjonctivisme<\/em>. Toutes deux s\u2019accordent pour dire que les hallucinations sont des exp\u00e9riences perceptives fausses qui sont subjectivement indiscriminables des exp\u00e9riences perceptives v\u00e9ridiques. Cependant, repr\u00e9sentationnaliste et disjonctiviste diff\u00e8rent sur le point suivant\u00a0: tandis que les repr\u00e9sentationnalistes soutiennent que l\u2019exp\u00e9rience hallucinatoire et l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9ridique sont fondamentalement identiques, le disjonctiviste soutient quant \u00e0 lui que si exp\u00e9rience hallucinatoire et exp\u00e9rience v\u00e9ridique sont <em>superficiellement<\/em> identiques, en revanche, <em>fondamentalement<\/em> parlant, elles n\u2019ont rien \u00e0 voir. S\u2019inspirant d\u2019auteurs comme Merleau-Ponty ou Austin, certains philosophes contemporains (Ch. Travis 2013\u00a0; J. Gonzalez 2004, 2010\u00a0; J. Benoist 2013) ont soutenu une forme de \u00ab\u00a0<em>disjonctivisme radical<\/em>\u00a0\u00bb qui rejette le pr\u00e9suppos\u00e9, commun aux repr\u00e9sentationnalistes et aux disjonctivistes, selon lequel hallucination et perception v\u00e9ridique partageraient une m\u00eame identit\u00e9 de surface (une m\u00eame indiscriminabilit\u00e9 subjective).<\/p>\n<p>La probl\u00e9matique de notre propos sera la suivante\u00a0: si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux exp\u00e9riences hallucinatoires r\u00e9ellement v\u00e9cues par les gens, et particuli\u00e8rement aux hallucinations induites par des psychotropes, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 de simples exp\u00e9riences de pens\u00e9e, quelle th\u00e9orie de la perception doit-on alors endosser\u00a0? Notre th\u00e8se sera que ni le repr\u00e9sentationnalisme ni le disjonctivisme ni le disjonctivisme radical dans leurs formes actuelles ne sont susceptibles de rendre compte des hallucinations pharmacologiquement induites. Nous montrerons d\u2019abord que l\u2019indiscriminabilit\u00e9 subjective n\u2019est pas un crit\u00e8re d\u00e9cisif pour cerner les hallucinations psychotropes. Bien plus crucial est le crit\u00e8re du sens de r\u00e9alit\u00e9. Les psychonautes consommateurs d\u2019hallucinog\u00e8nes n\u2019ont en effet aucune difficult\u00e9 \u00e0 discriminer leurs hallucinations du monde ordinaire \u2013 les deux poss\u00e8dent un sens de r\u00e9alit\u00e9 distinct\u00a0; mais il n\u2019en reste pas moins qu\u2019ils se refusent le plus souvent \u00e0 en conclure que les hallucinations sont des instances d\u2019exp\u00e9riences fausses auxquelles correspondraient dans le monde ordinaire des exp\u00e9riences v\u00e9ridiques\u00a0; ce qu\u2019ils soutiennent bien plut\u00f4t, c\u2019est que leurs exp\u00e9riences hallucinatoires sont des exp\u00e9riences v\u00e9ridiques dont le v\u00e9rifacteur se trouve non pas dans le monde ordinaire mais dans un \u00ab\u00a0monde autre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comprendre ce qu\u2019il faut ici entendre par \u00ab\u00a0monde autre\u00a0\u00bb sera un des enjeux de cet expos\u00e9. Nous mettrons en \u00e9vidence les limites certaines propositions faites pr\u00e9c\u00e9demment (notamment par B. Shanon 2002 et S. Beyer 2009) et montrerons que la notion de \u00ab\u00a0monde autre\u00a0\u00bb recouvre en r\u00e9alit\u00e9 des choses ph\u00e9nom\u00e9nologiquement et neurobiologiquement fort diff\u00e9rentes. Nous distinguerons ainsi entre diff\u00e9rents sentiments de r\u00e9alit\u00e9 et nous sugg\u00e9rerons que ces diff\u00e9rents sentiments posent des probl\u00e8mes philosophiques distincts. Cette discussion des exp\u00e9riences hallucinog\u00e8nes nous conduira \u00e0 interroger deux pr\u00e9suppos\u00e9s largement partag\u00e9s par les th\u00e9ories contemporaines de la perception (qu\u2019elles soient de veine repr\u00e9sentationnaliste ou disjonctiviste)\u00a0: (1) nous critiquerons la th\u00e8se parasitiste selon laquelle les exp\u00e9riences fausses sont parasites (ou d\u00e9pendantes) des exp\u00e9riences v\u00e9ridiques (la question du parasitisme opposa autrefois les repr\u00e9sentant du Ny\u00e2ya \u2013 notamment V\u00e2tsy\u00e2yana et Uddyotakara \u2013, partisans du parasitismes, aux \u00e9pist\u00e9mologues bouddhistes \u2013 notamment Vasubandhu \u2013, partisans quant \u00e0 eux de l\u2019anti-parasitisme\u00a0; le parasitisme est aujourd\u2019hui implicitement endoss\u00e9 par des auteurs comme M.G.F. Martin et T. Burge\u00a0; nous sugg\u00e9rerons que la prise en compte du sens de r\u00e9alit\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude de la perception offre de s\u00e9rieuses raisons d\u2019endosser l\u2019anti-parasitisme)\u00a0; (2) nous critiquerons \u00e9galement la th\u00e8se anti-individualiste selon laquelle le contenu de la perception n\u2019est pas limit\u00e9 au syst\u00e8me nerveux individuel mais s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 de l\u2019individu (l\u2019anti-individualisme du contenu a la plus \u00e9loquemment \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu par T. Burge\u00a0; nous tenterons de montrer qu\u2019il y a de tr\u00e8s bonnes raisons d\u2019y r\u00e9sister). En d\u00e9finitive, notre th\u00e8se sera que seule une forme de repr\u00e9sentationnalisme largement r\u00e9vis\u00e9e serait susceptible de rendre compte des exp\u00e9riences hallucinog\u00e8nes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Pierre-Henri Castel<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(CNRS, Institut Marcel Mauss)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Ce que l\u2019histoire de la clinique psychiatrique en France<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">sugg\u00e8re sur les hallucinations psychotiques\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je partirai du chapitre que Merleau-Ponty consacre au probl\u00e8me de l&#8217;hallucination dans la\u00a0<em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/em>, et \u00e0 la fa\u00e7on dont Lacan, au milieu des ann\u00e9es 1950, s&#8217;y r\u00e9f\u00e8re pour soutenir que l&#8217;hallucination psychotique ne saurait \u00eatre un pur probl\u00e8me de perception, mais plut\u00f4t de signification (en particulier dans son commentaire du cas Schreber). En fait, ce renversement de perspective a profond\u00e9ment marqu\u00e9 la clinique hospitali\u00e8re en France. Il repose probablement sur une m\u00e9thode d&#8217;investigation qui est essentiellement l&#8217;entretien oral et l&#8217;anamn\u00e8se d\u00e9taill\u00e9e (les hallucinations ne sont donc pas consid\u00e9r\u00e9es comme des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9pisodiques, mais comme des faits significatifs dans une trame qui commence \u00e0 se tisser d\u00e8s l&#8217;enfance et qui comporte d&#8217;autres dimensions que les hallucinations, comme les raisonnements paralogique, les troubles de la m\u00e9moire, les impressions c\u00e9nesthopathiques, etc.). L&#8217;hallucination acoustico-verbale, essentiellement psychique et p\u00e9jorative, y joue un r\u00f4le central, ainsi que l\u2019\u00ab\u00a0automatisme mental\u00a0\u00bb, par opposition aux hallucinations visuelles, notamment.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Argument Le concept d\u2019hallucination et celui d\u2019\u00e9tat modifi\u00e9 de conscience sont utilis\u00e9s \u00e0 travers de nombreuses disciplines afin de d\u00e9signer un ensemble d\u2019exp\u00e9riences subjectives, de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":12,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"page-template-fullwidth.php","meta":{"spay_email":""},"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/P7QpIM-6F","jetpack-related-posts":[{"id":236,"url":"https:\/\/artemoc.scicog.fr\/?page_id=236","url_meta":{"origin":413,"position":0},"title":"Colloque 2008","date":"04\/11\/2012","format":false,"excerpt":"Pr\u00e9sentation Le 1er Colloque de Printemps sur les Hallucinations dans la Philosophie et les Sciences Cognitives s'est tenu du 26 au 29\u00a0 mars 2008, \u00e0\u00a0 Paris. Ce fut un effort collectif non subventionn\u00e9, qui a pu avoir lieu gr\u00e2ce au travail\u00a0 b\u00e9n\u00e9vole de plusieurs volontaires et institutions. Le programme a\u2026","rel":"","context":"Similar post","img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i1.wp.com\/artemoc.scicog.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/Colloque2008.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2,"url":"https:\/\/artemoc.scicog.fr\/","url_meta":{"origin":413,"position":1},"title":"Bienvenue sur la page de l'ARTEMOC","date":"25\/10\/2012","format":false,"excerpt":"Les \u00e9tats modifi\u00e9s de conscience (EMCs) ont depuis longtemps intrigu\u00e9 philosophes, chercheurs en sciences sociales et scientifiques. 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