Contextes et cognition des agents non-humains

Contextes et cognition des agents non-humains

Les expériences de modifications de la cognition (prises de substances psychoactives, transes, hypnoses, etc.) induisent des perceptions particulières qui se traduisent souvent par la rencontre avec une agentivité non-humaine (Lawson and McCauley 1990; Whitehouse and Laidlaw 2007; Bloch 2004). Ces entités, sur qui l’on projette des propriétés d’agentivité peuvent être analysées selon les paquets de prédicats ontologiques (physicalité, intériorité, morphologie, figuration, spatialité, actes de langages, etc.) qui les constituent et déterminent leur aperception comme surnaturelle (Boyer 2001; Descola 2005). Il s’agit donc d’analyser les imputations de propriétés qui sont mobilisées lors des descriptions d’entités reconnues comme non-humaines et non-ordinaires.

Le travail d’analyse de la nature des prédicats doit s’appuyer sur une ethnographie concise et contextuelle de formation des discours sur ces catégories ontologiques et perceptives : à la fois au niveau sémantique, c’est-à-dire par l’analyse des réflexions et énoncés cosmologiques, et en même temps au niveau pragmatique et contextuel, sur la mise en lumière des contextes d’énonciation, des jeux de transmission de savoirs, des positions de pouvoirs, des actions effectuées lors d’interactions, etc. (sur les modèles proposés par Humphrey and Laidlaw 1994; Houseman and Severi 2009)

Ainsi, l’appréhension ethnographique des entités considérées comme surnaturelles à partir des prédicats ontologiques, des imputations d’agentivité, des représentations morphologiques, ne peut se faire qu’à partir d’une étude minutieuse in situ des actes de transmission et de formation des représentations. Ces actes vont des techniques de brouillages perceptifs aux outils rituels d’induction de mouvements et de présence. Cela vaut autant pour les entités surnaturelles ostensives (comme des esprits lors d’un rituel utilisant des psychotropes) que pour des entités surnaturelles déférentielles (dont l’on a entendu parler mais dont on n’a pas l’expérience directe) (Recanati 1997; Déléage 2009). A partir des matériaux ethnographiques, ce travail de recherche tend donc à mettre à jour la structuration de l’expérience religieuse entre l’articulation des catégories ontologiques intuitives et la diversité des pratiques culturelles.

 

Responsable : Baptiste GILLE

University of Oxford, Centre for Anthropology and Mind

Contact: baptiste.gille@sciences-po.org

 

Références

Bloch, Maurice. 2004. “Ritual and Deference.” In , ed. Harvey Whitehouse and James Laidlaw. Walnut Creek, CA: AltaMira Press.

Boyer, Pascal. 2001. Et L’homme Créa Les Dieux. Paris: Editions Gallimard.

Déléage, Pierre. 2009. Le Chant de l’anaconda. Nanterre: Société d’ethnologie.

Descola, Philippe. 2005. Par-delà nature et culture. [Paris]: Gallimard.

Hacking, Ian. 1998. Rewriting the Soul: Multiple Personality and the Sciences of Memory. Princeton University Press.

Houseman, Michael, and Carlo Severi. 2009. Naven Ou Le Donner à Voir : Essai D’interprétation De L’action Rituelle. 2e édition. Paris: Maison des Sciences de l’Homme.

Humphrey, Caroline, and James Laidlaw. 1994. The Archetypal Actions of Ritual: a Theory of Ritual Illustrated by the Jain Rite of Worship. Clarendon Press.

James, William. 1918. The Principles of Psychology. H. Holt.

Lawson, E. Thomas, and Robert N McCauley. 1990. Rethinking religion: connecting cognition and culture. Cambridge [England]; New York: Cambridge University Press.

Recanati, Francois. 1997. “Can We Believe What We Do Not Understand?” Mind and Language 12 (1): 84–100.

Whitehouse, Harvey, and James Laidlaw. 2007. Religion, Anthropology, and Congnitive Science: Challenges for the Anthropology of Religion. Carolina Academic Press.